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18 février 2013


Entendu sur RFI


193 Etats membres de l'ONU

contre les mutilations génitales féminines


L'événement est passé inaperçu et pourtant il est historique : le 20 décembre dernier, à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, les 193 Etats membres de l'ONU ont voté à l'unanimité contre les mutilations génitales féminines. Une première dans l'histoire de la lutte contre l'excision.

 

Morissanda Kouyaté, médecin guinéen et directeur du CI-AF
(05:19)

 

 

 

Docteur Morissanda Kouyaté sur RFI: «Nous allons pousser pour la mise en oeuvre de la loi contre l'excision»


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Le docteur Morissanda Kouyaté, lors du dernier sommet de l'Union africaine, le 29 janvier 2013, à Addis-Abeba.

RFI / Christophe Boisbouvier

Par Christophe Boisbouvier


L'événement est passé inaperçu. Il est pourtant historique. Le 20 décembre dernier, à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, les 193 Etats membres de l'ONU ont voté à l'unanimité contre les mutilations génitales féminines. Une première dans l'histoire de la lutte contre l'excision. Le docteur Morissanda Kouyaté dirige le Comité inter-africain, une ONG qui a statut d'observateur auprès de l'Union africaine et de l'ONU. Et ce vote, il y est un peu pour quelque chose. Le médecin guinéen répond aux questions de Christophe Boisbouvier.


Après des années de combat, vous avez réussi à faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies une résolution contre les mutilations génitales féminines, le 20 décembre 2012. Une grande nouvelle, mais est-ce que ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau ?

Non, ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau parce que, quand nous avons commencé la lutte il y a 28 ans, nous n’étions même pas sûrs de pouvoir parlé officiellement de ce thème, tellement c’était tabou. Et quand vous voyez qu’après un quart de siècle, c’est le monde entier – les 193 pays de l’ONU –, qui a voté à l’unanimité cette résolution, ce n’est donc pas un coup d’épée.


D’après cette résolution de l’AG de l’ONU, 100 à 140 millions de jeunes filles et de jeunes femmes sont encore victimes de ces terribles mutilations. Est-ce qu’en fait, derrière cette belle résolution, le mal n’est pas encore en train d’empirer ?

Non. Depuis près de 20 ans qu’il y a la lutte, il faut remarquer, Dieu merci, que la tendance est à la baisse partout dans le monde où la pratique existe. Les derniers chiffres montrent que les pays les plus hostiles, comme l’Egypte, comme la Guinée où c’était à 99%, aujourd’hui se retrouvent au bas de l’échelle, avec une réduction de plus de 20%. Le Burkina Faso a pu diviser par deux le pourcentage.


Ce que vous dites, c’est que tous les ans, trois millions de jeunes filles et de jeunes femmes sont mutilées ?

Absolument. Quand les gens ont commencé à couper les mains en Sierra Leone, et tout dernièrement au Mali, tout le monde s’est levé ! De la même manière, dans le silence et dans la normalité, on coupe un organe chez les jeunes filles et personne ne dit mot. C’est cela qu’il faut combattre.


Ce que dit la résolution du 20 décembre, c’est que plus les jeunes femmes sont autonomes, moins elles sont exposées à ces mutilations ?

Vous savez, l’autonomie des femmes est importante. D’abord, une autonomie économique, mais pas que cela. L’autonomie face à l’information parce que ces jeunes filles, ces femmes qui sont là, on leur fait croire que cette pratique est imposée par l’islam, que cette pratique est une prescription du Coran. On leur donne de fausses informations pour défendre la pratique. Si elles ne sont pas ni à l’école coranique, ni à l’école traditionnelle, pour savoir que ce qui est dit n’est pas vrai, elles sont obligées de subir l’information.


Le texte des Nations unies engage aussi les Etats à associer les exciseuses traditionnelles à des projets locaux, pour que ces dames puissent trouver un autre métier. Est-ce que ce n’est pas aussi un problème économique ?

Absolument. Il faut savoir que les exciseuses, quand elles font la pratique, sont rémunérées. Elles ont de l’argent, elles ont des bœufs, elles ont des vaches. Et nous, le comité inter-africain, on s’est dit que si ces femmes acceptent d’arrêter la pratique, il y aura alors un manque à gagner. Ce manque à gagner doit être comblé. Et nous, au lieu de donner de l’argent en retour, ce que nous faisons, c’est d’insérer ces femmes dans le système du micro-crédit pour qu’elles puissent franchir ce cap.


Mais ces actions, est-ce que vous êtes sûr de leur pérennité ?

Oui, parce que les exciseuses ne sont pas prises à part, elles sont insérées dans un système économique.


Est-ce qu’il y a des pays où ce que vous dites a marché ?

Oui, j’ai fait l’expérience en Guinée à Kouroussa [en Haute-Guinée dans la région de Kankan, ndlr], dans ma ville natale, où les exciseuses ont déposé officiellement les couteaux de l’excision. Puis la Banque mondiale nous a aidés à monter des micro-projets. Il y a des boutiques villageoises où ces femmes sont en train de voir maintenant les articles. Donc cela marche !


Oui, mais ça marche combien de temps ?

On est obligés de faire un suivi pour que ces femmes sortent totalement de leur état dans lequel nous les avons trouvées.


Est-ce qu’il y a des pays qui restent hostiles à tout ce que vous faites ?

Avant de répondre à cette question, je voudrais d’abord rendre hommage aux pays qui font plus. Par exemple, le Burkina Faso où madame Chantal Compaoré est l’ambassadrice de bonne volonté du Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles néfastes. Elle était la coordinatrice internationale de cette lutte. Il y a aussi le Bénin. Il y a la Guinée, où la première dame s’est impliquée à organiser des ateliers pour les leaders religieux.

Maintenant, il y a des pays réticents. Le Mali par exemple, c’est compliqué alors que nous avons beaucoup d’activistes au Mali. Nous avons eu une résistance de la part des gouvernements précédents qui n’ont pas voulu prendre de loi contre les mutilations génitales féminines. Nous avons des pays comme la Gambie, et je ne veux pas aller plus loin, où le gouvernement est totalement contre la lutte. Nous nous sommes faits « renvoyer » presque, permettez-moi ce terme, quand nous nous avons organisé l’atelier pour les leaders religieux. A la clôture, nous avons eu par exemple le chef de l’Etat qui est venu pour dire : « Ce sont les Blancs qui vous ont inculqué ces idées. Nous devons respecter nos lois, nos traditions, nos cultures, etc. ». Ils ont carrément soutenu les mutilations génitales féminines. C’est dangereux tout cela.


Donc ça a tout mis par terre ?

Oui, mais Dieu merci, nous avons un comité national très puissant en Gambie. Donc aujourd’hui, les populations de Gambie se sont appropriées [la question]. Moi-même j’ai participé au dépôt de couteaux à Basse, qui est vraiment la partie profonde de la Gambie. Les populations ont fait sans le gouvernement et le gouvernement a été obligé de suivre.

Ce qui était frappant le 20 décembre, c’est ce vote à l’unanimité à l’ONU. Mais en réalité, est-ce qu’il n’y a pas un certain nombre de pays qui vote ce type de résolution pour faire plaisir aux bailleurs de fonds, et qui ensuite ne font rien.

Il y a l’Arabie Saoudite qui a voté cette résolution. Or dans les pays africains, il y a des chefs religieux qui soutiennent la pratique en disant que c’est une pratique qui est dictée par la religion. Donc le fait que l’Arabie Saoudite, qui est le berceau de l’islam, vote cette résolution, ça nous enlève déjà une épine du pied. Maintenant, les gouvernements sont engagés en disant : « C’est le monde entier qui a voté cela ». Ceux qui avaient peur de prendre des lois, nous allons passer chez eux parce que cette résolution ne va pas dormir dans les tiroirs, nous allons la suivre, nous allons bousculer, nous allons pousser pour que, ceux qui ont voté, acceptent la mise en œuvre.

 

 

 

 


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