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Transmis par Afchine Alavi

Bonjour,

 

A l'occasion du 25ème anniversaire de laF ondation France Liberté de Danielle Mitterrand, voici le message qu'elle a adressé sur Achraf à une conférence qui s'est tenue à l'ONU à Genève, il y a deux semaine, le 21 septembre.

Très cordialement
Afchine Alavi
 

« Les murs d'Achraf » par Danielle Mitterrand

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Organisée le 21 septembre au siège européen des Nations Unies, la conférence était présidée par Michel Joli, secrétaire général de la Fondation France Libertés –Danielle Mitterrand. Le panel accueillait Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du Parlement européen, Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak (qui a présenté un plan européen pour résoudre la crise d’Achraf), le Pr. Ruth Wedgwood, juriste, Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien, Nontombi Tutu, militante des droits humains et fille de l’archevêque Desmond Tutu et Madeleine Rees, Secrétaire générale de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la liberté, Christiane Perregaux, co-présidente de l’Assemblée constituante du Conseil de Genève, Gianfranco Fattorini, co-président du MRAP, Marc Falquet, député au Grand Conseil de Genève, et le pasteur Daniel Neeser.

 

 

Voici le message de Danielle Mitterrand lu à la conférence

« Les murs d’Achraf »

« Pendant l'occupation nazie en France, nous étions des milliers, jeunes opprimés, séquestrés et silencieux, qui rêvions notre avenir dans une Europe sans frontières où chacun se reconnaîtrait selon sa culture et sa langue, en attachement et fidélité au territoire qui l'a vu naître.

Certes, nous n'étions pas enfermés dans un camp, mais nous devions comme nos frères et sœurs d'Achraf vivre au jour le jour avec la peur que chaque jour soit le dernier. Nous étions alors des terroristes. C'est à cette période que j'ai compris que les murs les plus contraignants et les plus violents ne sont pas les murs de béton, de pierre ou de fer des prisons, mais ce qu'une dictature vous force à porter en vous-même, ces murs d'humiliation, de renoncement et d'épuisement ; ces murs qui vous privent jusqu'à votre identité.

On a inventé pour Achraf toutes sortes de nouveaux murs immatériels. Tout d'abord le mur de l'oubli, puis celui du mensonge, puis celui du silence, puis celui du blocus alimentaire et sanitaire. Enfin, le mur de décibels et puis le mur de l'écoute et du brouillage électronique.

Le progrès technique a toujours enflammé l'imagination des bourreaux. De l'autre côté de ces murs invisibles, la mort rôde en permanence autour du camp et parfois elle y pénètre avec une violence incroyable. Celle d'une chasse à l'homme où tous les coups sont permis ; tuer et laisser mourir ; abandonner des blessés et prélever les otages innocents et impuissants.

Quand le calme revient, il ne reste plus aux survivants qu'à pleurer leurs morts et les mettre en terre.

C'est ainsi que l'on croit pouvoir venir à bout de la résistance d'un peuple. Mais à Achraf, l'espoir revient vite car malgré les murs, chacun sait que cet espoir est partagé par des milliers de frères et de sœurs réfugiées à travers le monde : vous en êtes ici, chère Myriam Radjavi, la représentante.

Alors l'énergie revient avec le désir de vivre et le rêve d'un monde juste assurant la paix et la protection de chacun, et n'est-ce pas le thème de notre réunion aujourd'hui ?

Dans un camp, il ne s'agit pas de survivre pour soi, mais pour les autres. Les mamans, les mères ont la pratique quotidienne de ce sacrifice. Nous connaissons tous l'exemple magnifique que nous donne la petite Chagayégh* dans sa lettre à Mme Pillay.

Et voilà ce qui distingue le bourreau de la victime, le geôlier de son prisonnier : les uns préparent l'avenir tandis que les autres détruisent le présent. Préparer l'avenir, chers et tendres amis d'Achraf, c'est le prix de votre sacrifice mais ce n'est pas le seul : il faut compter aussi avec l'exemple que vous donnez à tous les opprimés, et le message d'espoir écrit avec votre sang que vous adressez à l'humanité.

Je vous remercie. »

Danielle Mitterrand

* Chagayégh Rajabi est une jeune fille de 13 ans qui vit dans le camp d'Achraf, son père a été exécuté à la prison d'Evine il y a quatre ans et sa soeur Faézeh agée de 19 ans a été tué dans le massacre du 8 avril dans le camp d'Achraf. 

 

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