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30 décembre 2012

Transmis par GW

Lu sur :  http://www.partenia.org/partenia_1996_2006/b_0402f.htm

 

Et dans : La Bible à livre ouvert     la bilble

 

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Sainte famille !

février 2004

 

Matthieu 1, 18 s., Luc 1, 26-39 ; 2, 41-51 



C'est sous l'appellation de Sainte Famille que la famille composée de Jésus, Marie et Joseph est proposée comme modèle par la liturgie après Noël et par la spiritualité familiale. N'y a-t-il pas là quelque chose d'étonnant, car qu'en est-il exactement de cette famille ? 

Les liens familiaux qui les unissent ne sont guère simples. Marie est bien la mère de Jésus, mais, les conditions dans lesquelles elle l'a engendré restent mystérieuses. C'est un ange, Gabriel, c'est-à-dire quelqu'un perçu comme messager de Dieu, qui annonce à Marie cette future naissance. Est-ce lui le vecteur de ce qu'il appelle pudiquement, l'ombre de l'Esprit saint, puisqu'à la question de Marie : " Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge ? " il répond, sûr de lui, : " L'Esprit saint te couvrira de son ombre " ? On trouve des annonciations faites par un ange pour Sara, l'épouse d'Abraham et la mère d'Isaac ou pour Elisabeth, la cousine de Marie, mère de Jean-Baptiste. Ces deux femmes sont stériles et ont passé l'âge d'enfanter. On trouve aussi dans d'autres mythologies des naissances virginales. Dans ces divers cas, il s'agit d'un procédé littéraire signifiant que l'enfant qui naîtra ainsi sera un être d'exception. 

Que s'est-il passé exactement ? Nous n'en savons rien. Marie est-elle la mère porteuse d'un enfant à l'origine non déterminée ou une mère célibataire que Joseph sauve du déshonneur ? Joseph est, en effet, prêt à répudier secrètement Marie, à laquelle des liens de fiançailles l'unissent déjà, puisqu'elle se trouve enceinte avant qu'ils n'aient demeuré ensemble. Ce dernier ne semble pas le père biologique de Jésus. 


Par contre, c'est par lui que transitent les liens de descendance, faisant de Jésus un membre de la famille de David. L'adoption de Jésus par Joseph semble donc un acte très fort. Ses contemporains l'appellent : " Fils de Joseph " tout simplement. Marie n'est pas exclue de ce type de filiation, puisque Joseph, dans la généalogie que donne Matthieu (1,1 s.) de l'ascendance de Jésus, est appelé " l'époux de Marie ". C'est à signaler dans une culture où c'est généralement la femme qui est identifiée par le nom de son époux. 

L'enfant est-il averti ou a-t-il l'intuition de ses origines mystérieuses ? A l'adolescence partirait-il à la recherche de son vrai père ? Serait-ce là la cause de sa fugue lors du pèlerinage à Jérusalem ? Ce faisant, à la faveur de cette recherche, Jésus peut aussi découvrir une autre filiation, celle qui l'unit à une transcendance qu'il appelle son Père. Mais, ses parents ne le comprennent pas lorsqu'il leur dit qu'il lui faut " être aux affaires de son Père ". Après cet épisode, il reste sagement à la maison, s'initie au métier de Joseph et l'exerce jusqu'à 30 ans. 
Les évangiles ne nous disent rien des relations entre Joseph et Marie. On peut supposer qu'elles furent heureuses. On peut aussi supposer qu'ils eurent d'autres enfants, puisque les évangiles parlent des frères et sœurs de Jésus. Lorsque Marie met au monde Jésus, Luc le nomme " son fils premier-né ". On a traduit cette expression par " fils unique ", mais elle pourrait aussi l'être par " fils aîné ". Quoiqu'il en soit, dans ses quelques années de vie publique, Jésus n'a pas valorisé les liens du sang : " Qui sont ma mère, mes frères ? Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère (Mc 3,33-35)" et " Qui aime son père, sa mère, son fils, sa fille, (sa femme, dans Luc) plus que moi n'est pas digne de moi (Mt 10,37) ". Relativise-t-il les liens familiaux ou bien ouvre-t-il plutôt ce lien à d'autres relations ? N'y a-t-il pas là une sortie de la famille close pour permettre à ses membres, sa mère, ses éventuels frères et sœurs, de nouvelles relations et de nouvelles vocations ? 

Que peut-on déduire d'une telle lecture de la " sainte famille " ? Qu'il n'y a pas un seul modèle familial, qu'une conception hors mariage n'est pas nécessairement un acte à réprouver, que chez l'être humain l'adoption fait sortir du tout biologique qui n'est pas le seul lien possible entre parents et enfants, que, des différentes formes de familles, peuvent naître des enfants équilibrés, que la fugue d'un enfant reste incompréhensible et sujet d'angoisse pour ses parents, mais constitue parfois une étape essentielle pour lui ou encore que la famille nucléaire refermée sur elle-même ne favorise pas l'épanouissement de ses membres. 
Voilà, sinon sanctifiées, du moins reconnues toutes les familles qualifiées hors norme. Pensons aux familles monoparentales, adoptives, recomposées, avec des enfants de lits différents ou encore fondées sur une conception médicalement assistée. 



Une fois de plus, les évangiles apparaissent comme des casseurs de modèles sociaux tout faits. Jésus s'est élevé contre tous les liens susceptibles d'entraver la liberté de l'être humain : liens familiaux comme ici, mais aussi liens sociaux ou religieux. 

Jacques Gaillot, Alice Gombault, Claude Bernard

 

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Tag(s) : #Le coin des livres