Bienvenue à Claude, sur la "Mouvance Partenia". Il nous partage ses réflexions après un séjour à Toulouse.
Ceux qui parmi vous ont connu la JAC, ou comme moi, la JEC, ou tout autre mouvement d'Action Catholique vont s'y retrouver !
Ceux qui ne sont pas chrétiens vont nous comprendre un peu mieux ...!
Bonne journée
Gérard
Transmis par Claude Bernot
Bonjour
C'est au retour de Toulouse où je suis allé faire connaissance de notre sixième et dernier petit fils que j’écris ces quelques lignes.
Chez notre fille j'ai trouvé une brochure que viennent d'éditer les anciens de la JAC d'Ille-et-Vilaine, dont faisait partie le père de notre gendre, et qui est intitulée: "A L'ECOLE DE LA VIE AVEC LA JAC".
A travers les quelques témoignages qui figurent dans ce papier on voit toute une génération qui avec l'Eglise a découvert la vie, qui l'a prise en main, qui s'est battue pour la transformer et qui y a rencontré le Christ qui nous précède et chemine avec nous tels que nous sommes.
En lisant ce texte, comme beaucoup d'hommes et de femmes de cette génération, je me suis demandé pourquoi l'Eglise qui, il n'y a pas si longtemps, nous a appris à aimer la Vie, à y rencontrer tous les hommes et à nous y plonger pour la changer et y découvrir Celui qui nous a fait à son image est devenue une vieille dame drapée dans ses certitudes, étrangère à notre vie et a celle de nos enfants, préoccupée de spiritualité et de compassion pour mettre un peu de pommade sur les plaies des blessés de la vie mais incapable de dénoncer un système politique qui fabrique les sans-papiers, les sans logis, les sans emplois... c'est à dire un système qui bafoue les droits de l'homme.
Comment peut-on aimer ses frères en vérité sans prendre part au combat, y compris politique, pour bâtir un monde où la règle d'or soit: liberté, égalité, fraternité pour tous et non plus le libéralisme débridé que nous connaissons aujourd'hui?
Comment peut-on prétendre secourir ceux qui sont dans la misère et accepter:
- que ce soit les malades qui paient pour éponger le "trou" de la Sécurité Sociale alors que, comme le rappelle le rapport de la Cour des Comptes, nombre d'entreprises et de collectivités territoriales ne paient pas leurs charges sociales ou en sont exonérées.
- que le montant de l'impôt soit limité et diminué pour les plus fortunés... alors qu'il est maintenu et aggravé pour les moins favorisés.
- que la politique du logement laisse de coté tous les précaires en incitant à tout crin a devenir propriétaire au lieu de construire des logements sociaux en masse
- que la politique de l'emploi consiste d'abord à culpabiliser et à sanctionner les chômeurs et à se contenter de pieuses "recommandations" pour limiter le scandale des parachutes dorés pour c eux qui ont conduit leur entreprise à la faillite.
- que les sans papiers qui souvent travaillent et accomplissent les tâches dont personne ne veut se voient refuser leur régularisation et soient donc maintenus dans l'exclusion et trop souvent désignés comme les responsables de l'insécurité.
Je sais bien que ce que je viens d'écrire a un gout de théologie de la libération et doit donc être mis au bucher, pourtant je ne peux me résoudre à renoncer à cet appel au combat pour une autre Société.
Pour terminer, une nouvelle fois, je me demande pourquoi ce n'est pas la place de l'Eglise de descendre dans la rue pour défendre les retraites par répartition, le droit au logement pour tous, des papiers pour ceux qui font marcher nombre de nos entreprises ou de nos services... alors que descendre dans la rue pour défendre l'Ecole Libre, pour prôner et imposer une certaine conception du mariage à l'exclusion d'autres modes de vie, pour vouloir imposer une conception unique des choix de début et de fin de vie c'est parait-il le rôle de l'Eglise car dans ces domaines il ne s'agirait pas de politique mais de développer une "culture de vie"
Etant à Toulouse j'ai bien sur été visiter l'Eglise Saint-Sernin magnifique édifice Roman. J'y ai vu et
lu les nombreuses plaques nous faisant connaitre l'histoire de ce monument et je dois dire qu'elles sont très bien faites et ont ravies l'historien que je suis parfois.

Après avoir admiré ce monument je me suis demandé quel message l'Eglise d'aujourd'hui nous y délivrait..... J'ai regardé, j'ai cherché et à part des horaires de messes ou de
catéchisme, des noms et des adresses de groupements ou de services paroissiaux je n'ai rien vu... Je suis alors sorti de cette Eglise et lui tournant le dos j'ai vu la façade du bâtiment de la
CGT ou était accroché une grande banderole en faveur des Sans-Papiers ... Sans commentaires....
Durant ces trois jours avec mes enfants et petits enfants j'ai vu:
- Comment des mères de familles s'organisent pour conduire les enfants des uns et des autres à l'école
- Comment des parents d'élèves agissent avec Ecole sans frontières pour empêcher l'expulsion des sans papiers dont les enfants vont à l'école
- Comment porter un autre regard sur les SDF ou les prostituées (nombreux dans la rue ou habite nos enfants) et comment avoir avec eux des gestes humains comme, par exemple, trouver normal que ce soit eux qui portent la poussette de notre petite fille pour monter les marches menant à l'appartement ou encore leur demander des nouvelles de leur santé
- Comment dans le cadre de la "halte-garderie" ou ma fille mène sa fille de 2 ans un ou deux jours par semaine des parents de diverses conditions sociales et nationalités se rencontrent pour partager leur savoir-faire dans tous les domaines de la vie
- Comment nos enfants trouvent à Lutte Ouvrière un lieu pour partager, pour s'épauler, pour se former, pour lutter et pour donner un sens à leur vie
En voyant tout cela comment faire autrement que chanter le Magnificat et être plus que jamais convaincu que le Seigneur nous précède et nous attend là où on ne l'attend pas
Pour terminer je livre une interrogation qui me trotte en tête et que je préciserai et développerai à l'occasion :
Pourquoi l'Eglise nous présente-t-elle la contraception comme "le mal" alors que si je regarde notre histoire et celle de nos enfants la contraception m'apparait de plus en plus comme un "don de Dieu" nous permettant d'exercer une sexualité responsable et notamment de choisir le moment ou l'on décide de donner la Vie. N'est-ce pas la grandeur de l'homme que de pouvoir ainsi "choisir" de donner la vie? La contraception n'est-elle pas un moyen de prendre sa vie en mains au lieu de la subir? La Contraception n'est-elle pas un don de Dieu pour oser la liberté?
Refuser la contraception n'est-ce pas dire: Ce n'est pas à vous de décider de donner la Vie c'est à Dieu seul.
Ou encore: être fidèle à Dieu c'est "s'en remettre à lui" et accepter que donner la Vie relève de la loterie et non de notre choix et de notre responsabilité
Bien sur cela est à nuancer mais, dans un foyer, choisir la contraception n'est-ce pas accepter la grandeur de l'Homme créé à l'image de Dieu?
La même réflexion serait à mener pour chercher comment la grandeur de l'homme c'est accepter de prendre sa vie en mains jusqu'à la fin et donc décider d'un certain choix quand au moment et au comment de son départ pour retourner vers le Père
Claude Bernot