Transmis par Jean Louis Didelot et Jean Marie André
Bonjour, suite à la rencontre du Collectif des sans papiers hier à Gérardmer,
dont le compte-rendu vous parviendra ultérieurement,
vous trouverez copie de notre lettre ouverte au préfet, que nous devons rencontrer le 9 décembre à propos des
situations en cours et qui revêtent un caractère d'urgence.
Lettre ouverte à Monsieur le préfet des Vosges
Monsieur le préfet,
Depuis de longues années, le collectif des sans papiers accompagne les démarches des demandeurs d'asile. Nous mesurons leur grande détresse, source d'angoisse permanente, du fait des politiques de plus en plus répressives construites sur la peur et la criminalisation de l'étranger. Nous sommes quant à nous engagés sur le terrain de l'humanité et de la fraternité sans frontières, aux côtés de ces personnes et de ces familles marquées par une longue itinérance et un immense désir de s'insérer parmi nous pour vivre et travailler dans notre pays.
Les années passant, nous nous sommes fait de nombreux amis, auprès de qui nous ressentons la souffrance, l'humiliation, la colère parfois, mais aussi le bonheur de participer à la construction d'une terre solidaire, faite de la diversité des visages et de la richesse de nos différentes cultures. Nous constatons que toutes les personnes régularisées ont pu enfin accéder à une existence digne et libre, comme tout un chacun doit pouvoir y prétendre. Tous sont reconnaissants pour la manière dont ils ont été accompagnés, soutenus, encouragés par des gens de cœur qui n'ont ménagé ni leur temps, ni leur peine. Mais nous-mêmes, nous leur sommes redevables de nous avoir ouvert les yeux sur une réalité désormais planétaire, qu'aucune directive gouvernementale, aucune circulaire européenne, ne pourra désormais contourner : Les migrants sont partie intégrante de notre présent et de notre futur. Nous n'avons aucun avenir les uns sans les autres, mieux : Nous avons besoin les uns des autres pour réussir notre humanité commune.
Nous refusons l'idéologie de plus en plus répandue qui voudrait nous habituer à considérer comme normal ce qui est en vérité un scandale : Le scandale du degré d'inhumanité que nous tolérons et face auquel nous restons indifférents. Nous sommes en droit de nous demander si le vrai problème n'est pas plutôt en nous-mêmes et dans l'ordre (ou le désordre) de nos sociétés.
Dans la responsabilité qui est la vôtre, vous avez accepté de nous accorder du temps et de l'écoute, pour nouer un dialogue dont nous espérons vivement qu'il soit constructif, au bénéfice de tous ces réfugiés dont l'urgence de la situation ne vous a pas échappé. Nous serons pour notre part attentifs et vigilants, pour que soient pris en compte les droits fondamentaux de toute personne venue chercher parmi nous protection, accueil et amitié.
A Gérardmer, le 26 novembre 2008