Du côté de la CIMADE
Dans Libé-Toulouse
Aide aux migrants :
la Cimade attaque en justice les choix du ministère de l'Immigration
RÉTENTION. Souhaitant en finir avec le monopole de la Cimade, le ministère de l'Immigration a ouvert un marché public de l'aide juridique aux migrants dans les 17 centres de rétention du pays. Depuis le 2 avril dernier, ce sont six associations qui ont à se partager un budget de plus de 4 millions d'€uros.
La Cimade qui continuera à intervenir dans 9 centres de rétention dont celui de Toulouse, dénonce une «logique de division et d'atteinte aux droits des migrants». En attendant, elle attaque en justice la procédure d'attribution de cette aide. Entretien le coordinateur régional de la Cimade, Pierre Grenier.

Cornebarrieu: Des barbelés, toujours. De l'information, encore. Mais plus d'aide directe dans les centres de rétentions. Photo: DR
Libé Toulouse : Comment la Cimade entend-elle contester la nouvelle répartition de la mission d'aide aux étrangers mise en place par le gouvernement dans les centres
de rétention?
Pierre Grenier : Par une action devant les tribunaux. C'est la procédure d'attribution de ce marché public que nous remettons en question et que nous attaquons en justice.
En quoi cette nouvelle répartition gêne-t-elle l'aide aux migrants?
PG : Le gouvernement est allé au bout de sa logique de division et d'atteinte aux droits des migrants. C'était clair dés le moment où il a décidé de faire des Droits de l'Homme un marché public comme les autres. Jusqu'ici, la Cimade était la seule association présente dans l'ensemble de ces centres. Cela permettait d'avoir une vision globale sur la rétention administrative en France. Le rapport annuel que nous rendions chaque année permettait de pointer les dysfonctionnements et les atteintes aux droits de l'homme. Ce ne sera désormais plus possible.
Est-ce un refus de la Cimade de collaborer avec d'autres associations?
PG: Nous ne sommes pas contre la collaboration. Nous voulons juste ne pas le faire n'importe comment. Depuis deux ans la Cimade travaillait à un projet commun avec le Secours Catholique, une association qui partage la même vision de la défense des droits des migrants. Á l'inverse, je ne vois pas comment nous allons réussir à coordonner nos actions en quelques semaines avec les six structures choisies par le gouvernement. Cette nouvelle répartition de ce marché public de plus de 4 millions d'€uros va seulement développer la concurrence entre ces structures.
Que pensez-vous de l'habilitation à intervenir dans les centres de l'association «Respect», présidée par Frédéric Bard, membre de l'UMP et chargé de mission au ministère de
l'Immigration?
PG : Cette association est restée très floue sur ses objectifs. Elle n'a pas publié de rapport d'activités et son site internet ne fonctionne pas. La seule chose que je sais, c'est qu'elle a
été créée en 2003 par la droite au lendemain du match de football France-Algérie au cours duquel La Marseillaise avait été sifflée. Á cette époque elle s'était donné pour but de «promouvoir le
respect dû à l'autorité légitime, en particulier aux institutions et au président de la République».
Jusqu'alors votre mission consistait à informer les étrangers et à les aider à exercer leurs droits. Dans le nouvel intitulé, il n'est plus question que d'une simple information en vue de
l'exercice de leurs droits. Qu'est-ce que cela signifie?
PG : Concrètement cela revient à se contenter de dire aux étrangers en centre de rétention : vous avez le droit de faire un recours et d'accéder à un avocat. Auparavant nous avions le droit
de les aider dans leurs démarches en les mettant en relation avec un avocat et en les aidant à rédiger les recours. Á Cornebarrieu par exemple, le fax de la Cimade servait aussi à recevoir les
pièces du dossier. Ce ne sera plus le cas.
Propos recueillis par Jean-Manuel ESCARNOT