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Transmis par Georges Federmann
Ville en débat / Une lettre ouverte au préfet du Bas-Rhin
« De quoi sont censées vivre ces personnes ? »
« Nous, professionnels, qui prenons en charge, dans nos domaines de compétence, ces étrangers malades qui demandent légitimement à pouvoir se maintenir sur notre sol pour se faire soigner dans des conditions décentes, nous voulons nous faire l'écho de leur désarroi, de leur détresse, de leur incompréhension.
 Nous ne parlons pas ici de ces étrangers pour lesquels, à quelques mois d'intervalle, il est considéré soudainement, sans explication, sans le moindre examen, qu'ils peuvent se faire soigner dans leur pays d'origine, ce, contre l'avis de leur médecin traitant et d'un médecin agréé par la préfecture.
 Nous n'évoquons ici que les étrangers que la loi autorise à rester en France pour se faire soigner parce qu'ils en remplissent les rigoureuses conditions.
« Leur présence est tout juste tolérée »
 La loi vous oblige à leur délivrer une carte de séjour temporaire qui leur donne accès à tous les droits hormis ceux attachés à la citoyenneté française, et notamment celui de travailler pour assurer leur subsistance et celle de leur famille.
 Ces étrangers n'obtiennent plus cette carte, au lieu de quoi, ils se voient délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé sans aucun droit que celui de demeurer en France, ce qui est une manière de leur signifier que leur présence est tout juste tolérée.
 Ils sont là pour se faire soigner, nous dit-on, que veulent-ils de plus ?
 De la dignité et le sentiment que la règle, la loi signifie aussi quelque chose pour eux et les protège de manière égale. Est-ce trop demander quand on est étranger, et malade de surcroît ?
 De quoi son censées vivre ces personnes ?
 De mendicité ? En alimentant la main-d'oeuvre clandestine surexploitée par des patrons peu scrupuleux ? De larcins ?
 Où sont-elles censées se loger ? Sous quelque tente au bord de l'Ill à quelques pas de votre Palais ?
 Sont-elles vouées à traîner leur maladie et leur misère dans les rues et les recoins de Strasbourg ?
 Vos agents, que nous interpellons régulièrement sur la situation scandaleuse réservée à ces étrangers, nous répondent par un silence gêné.
« Précarité aussi nocive que dégradante »
 Quelle consigne avez-vous donnée ?
 Avez-vous décidé, vous qui représentez l'Etat et qui êtes chargé de veiller au maintien de l'ordre public, de vous affranchir de l'application de la règle de droit, de défier la volonté du législateur qui vote la loi au nom du peuple français ?
 Car, Monsieur le Préfet, nous ne pouvons que faire le constat que vous avez pris le parti délibéré de violer la loi, assuré de l'impunité que favorise entre autres la lenteur de la justice dont les décisions arrivent trop tard pour être effectives.
 Avez-vous décidé de maintenir les étrangers malades dans une précarité aussi nocive que dégradante ?
 Avez-vous décidé d'ajouter de la souffrance à la souffrance ?
 Affamer ces gens pour mieux les soigner, les jeter dans la marginalité pour favoriser leur guérison ? Est-ce là un nouveau champ expérimental pour en finir avec les étrangers malades ?
 Si l'état de droit recule aujourd'hui dans l'indifférence pour cette catégorie très fragile de la population qui dispose de peu de moyens pour se défendre, à qui le tour demain ?»
Syndicat des avocats de France, section Strasbourg, représentée par Nohra Boukara. Dr Georges Federmann, avec le soutien du MRAP, représenté par Michèle Boehm, et du Syndicat de la magistrature, représenté par François Giordani.
 
 
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Tag(s) : #www.partenia2000
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